Le mercredi 30 juillet 2025, une journée marquante pour la justice réparatrice à Maurice. À l’hôtel Gold Crest, des acteurs clés du secteur pénitentiaire, des organisations non gouvernementales et des partenaires engagés se sont réunies pour poser les fondations d’un comité de réhabilitation et de réinsertion (R&R). Une initiative ambitieuse, portée par l’association Kinouété en collaboration avec le groupe Elan, Not a Number et le Mauritius Prison Service (MPS), qui promet de redéfinir l’accompagnement aux détenu(e)s et ex-détenu(e)s avant et après leur retour en société. 

Une approche collective pour briser le cycle de la récidive 

L’atelier avait un objectif clair : créer une plateforme collaborative capable d’améliorer la prise en charge des détenu(e)s et ex-détenu(e)s. Il s’agissait de faciliter leur transition entre la prison et la communauté, de réduire les risques de récidive et de renforcer l’impact social des programmes de réinsertion. Pour y parvenir, une meilleure coordination entre le MPS et les ONG était essentielle, tout comme la nécessité de combler les lacunes en matière de préparation à la libération et d’établir des plans de réintégration solides. 

“Seul un travail collectif peut briser les barrières” 

Dans son discours d’ouverture, Mme Padiachy-Payendee, directrice de l’association Kinouété, a souligné l’importance d’une approche coordonnée : 

“Ce comité a pour objectif de mobiliser les différents stakeholders autour d’un engagement commun : accompagner au mieux les personnes détenues vers une réinsertion réussie. Nous sommes conscients que cela ne peut être accompli seul.” 

Elle a détaillé les résultats attendus de cette journée : une compréhension partagée des rôles de chaque acteur, une structure claire pour le comité R&R, des termes de référence validés collectivement et une feuille de route pour les prochaines étapes. Un remerciement particulier a été adressé aux partenaires Not a Number et Groupe Elan pour leur engagement sans faille. 

“La réinsertion commence au premier jour de détention” 

M. Premnathsingh (Dev) Jokhoo, commissaire des prisons, a marqué les esprits avec un discours résolument tourné vers l’avenir. Critiquant les anciennes approches purement punitives, il a plaidé en faveur d’une justice réparatrice : 

“Les agents pénitentiaires doivent être formés à la psychologie de base pour détecter les crises et collaborer avec les ONG sans méfiance.” 

Son appel à l’action était sans équivoque : ”Cette plateforme doit devenir un modèle pour toute la région, avec des résultats tangibles : une baisse du taux de récidive.” 

Expertises des partenaires : des programmes concrets pour la réinsertion 

Groupe ELAN : une approche holistique depuis 2001 

Depuis plus de deux décennies, le Groupe ELAN agit sur plusieurs fronts : 

🔹Le programme ”Breathe Free”, pionnier dans la lutte contre les addictions (drogues, alcool). 

🔹La médiation familiale, essentielle pour éviter l’isolement post-libération. 

🔹Des ateliers pratiques (gestion du budget, communication, autonomie). 

🔹Un réseau de plus de 50 volontaires assurant un suivi continu, même après la libération. 

Not a Number : soutien psychologique et logistique 

L’ONG propose : 

🔹“Inspire Mwa”, un programme adapté aux détenu(e)s pour renforcer l’estime de soi et gérer les conflits. 

🔹Un accompagnement pré-libération (6 mois en prison + 6 mois de suivi externe). 

🔹Des packs de réinsertion (nourriture, produits hygiéniques) et un transport sécurisé pour les ex-détenu(e)s sans réseau familial. 

🔹Des partenariats avec des psychologues spécialisés dans le trauma carcéral

Standardiser les interventions pour maximiser l’impact 

M. Ramassur, Chief Welfare Officer, a insisté sur la nécessité d’une approche structurée : 
🔹Évaluation des besoins (addictions, santé mentale, formation). 
🔹Médiation familiale pour préparer le retour en société. 
🔹Proposition d’un code éthique pour les ONG intervenant en prison. 
🔹Mise en place d’évaluations d’impact obligatoires et de formations ciblées. 

L’île Rodrigues : des défis uniques, des solutions adaptées 

M. Milazar a rappelé les spécificités de l’île Rodrigues : 
🔹Capacité carcérale limitée (65 hommes / 10 femmes). 
🔹Manque de programmes post-libération et réticence des employeurs. 
🔹Solution envisagée : un partenariat avec SME Mauritius pour favoriser l’entrepreneuriat. 

Une feuille de route commune pour l’avenir 

À l’issue des discussions, les participants ont validé une série d’actions prioritaires : 
🔹 Standardiser les interventions des ONG. 
🔹 Aligner les programmes sur les besoins du marché du travail. 
🔹 Déployer des thérapies spécialisées. 
🔹 Étendre les initiatives à Rodrigues. 

Les obstacles à la réinsertion : un défi multidimensionnel 

L’association Kinouété a rappelé les principaux freins identifiés : 

🔹Micro (dépendances, faible estime de soi). 

🔹Meso (stigmatisation, problèmes familiaux). 

🔹Macro (accès à l’emploi, services post-carcéraux inadéquats). 

🔹Un problème majeur : l’exploitation des ex-détenu(e)s par certains employeurs. 

Quatre piliers pour une réinsertion réussie 

Les travaux en groupe ont permis de dégager quatre axes essentiels : 

  1. Préparation à la libération : Formations et thérapies en prison, suivi post-libération. 
  1. Coordination renforcée : Éviter les doublons entre ONG et institutions. 
  1. Mobilisation sociétale : Sensibiliser employeurs et communautés. 

“La prison ne doit pas être une fin, mais un passage vers une seconde chance” 

En conclusion, M. Jokhoo a livré un message puissant : 
“La prison ne doit pas être une fin, mais un passage vers une seconde chance. Ce comité en est le garant.” 

Mme Padiachy-Payendee a ajouté : 
“Seul un travail collectif peut briser les barrières. Ce comité est un tremplin pour des vies retrouvées.” 

Cette journée marque le début d’une collaboration prometteuse, porteuse d’espoir pour les détenu(e)s et ex-détenu(e)s mauriciens. Une avancée majeure vers une société plus inclusive et une justice véritablement réparatrice. 

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